Les Justes

D’Albert Camus

Création saison : 2006/2007

Mise en scène : Kheireddine Lardjam

Voici ce qu'en écrit Camus dans la préface à l'édition française :
"En février 1905, à Moscou, un groupe de terroristes, appartenant au parti socialiste révolutionnaire, organisait un attentat à la bombe contre le grand-duc Serge, oncle du tsar. Cet attentat et les circonstances singulières qui l'ont précédé et suivi font le sujet des Justes. Si extraordinaires que puissent paraître, en effet, certaines des situations de cette pièce, elles sont pourtant historiques. Ceci ne veut pas dire, on le verra d'ailleurs, que Les Justes soit une pièce historique. Mais tous les personnages ont réellement existé et se sont conduits comme je le dis. J'ai seulement tâché à vraisemblable ce qui était déjà vrai.
J'ai même gardé au héros des Justes, Kaliayev, le nom qu'il a réellement porté. Je ne l'ai pas fait par paresse d'imagination, mais par respect et admiration pour des hommes et des femmes qui, dans la plus impitoyable des tâches, n'ont pas pu guérir de leur cœur. On a fait des progrès depuis, il est vrai, et la haine qui pesait sur ces âmes exceptionnelles comme une intolérable souffrance est devenue un système confortable. Raison de plus pour évoquer ces grandes ombres, leur juste révolte, leur fraternité difficile, les efforts démesurés qu'elles firent pour se mettre en accord avec le meurtre - et pour dire ainsi où est notre fidélité."

Ce texte a le mérite de montrer l'absurdité d'une lutte aveugle qui ne se préoccupe pas des moyens qu'elle emploie quand elle se fait terroriste et qu'elle cible autant les innocents que les coupables de l'oppression. Un questionnement  sur le prix à payer pour renverser des oppresseurs. C'est pour ces raisons que ce texte est universel et qu'il inspire encore de nos jours. L'époque troublée que nous traversons, les accrocs faits aux droits de l'homme, les bouleversements que créent les actes terroristes à nos portes suscite une réflexion que la position d'intellectuel de Camus peut encore éclairer. Ce qui est juste pour les uns ne l'est pas nécessairement pour les autres. Mais, n'est-ce pas Sartre lui-même, que Camus n'a jamais endossé dans ses positions idéologiques, qui affirmait « l'enfer, c'est les autres» ?
Camus est, et demeure, d'une actualité éclatante: son propos, ses propos philosophiques devrais-je ajouter, relève d'une criante réalité qui se macule de sang à l'écran quotidien de nos téléviseurs. Comme si nous étions devenus des spectateurs boulimiques de l'horreur ensanglantée!