Projet

Réflexions sur trois ans  (2018-2019-2020)

Par Kheireddine Lardjam

Après les attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan, les questions autour de la diversité, de l’identité, des origines, de l’immigration et de l’intégration, se sont retrouvées maladroitement liées aux drames que nous avons traversés. J'ai été invité à de nombreux débats (Télérama à Avignon, à la Colline, aux bouffes du nord). J'ai décliné ces invitations. Que dire de tout cela à ce moment là ? S'il doit y avoir un débat, ça doit être sur le plateau. Les intellectuels, historiens, sociologues ont fait leur part. La fiction doit se saisir de ces sujets.

J'ai pensé un projet sur trois ans suite à une année 2016 très riche en expériences pour la compagnie : jouer en milieu carcéral en Alsace en partenariat avec la Filature, dans des Centres Dramatiques Nationaux et des scènes nationales, jouer en milieu rural près de Montluçon dans des lycées agricoles, avec O-dieux en Bourgogne, dans les centres sociaux (Vitry-sur-Seine), maisons de quartier (en Saône-et-Loire), diffusion de petites formes et d'ateliers en milieu scolaire.

Dans toutes ces rencontres, les discussions étaient toujours traversées par ces questions : la religion, l'intégration, l'identité, le multiculturalisme... Mon identité franco-algérienne devenait politique malgré moi. Pour beaucoup de jeunes, ma présence en tant qu'artiste libérait la parole autour de ces sujets. D’autres m'attendaient à un endroit précis, comme s'ils cherchaient un porte-parole de leur maux. En étant parfois en désaccord avec eux, je les déstabilisais : comment celui qui me ressemble peut-il me contredire ?

Ces rencontres sont à l'origine d'un projet pour les trois ans à venir : passer par la fiction pour démultiplier les regards et les points de vue.

Au fond, les questions à se poser sont multiples : qu'est-ce que le multiculturalisme ? Que signifie avoir une double culture – et qu’en faire ? En quoi consiste cette richesse de la double appartenance ?  C'est quoi une société multiculturelle ?

Qui est Français ? Qu'est-ce qu'être Français ? Qui est pris pour un Français ? Qui ne l'est pas ? Il y a à mon sens une identité cosmopolite qui se doit d'être énoncée.

Quatre créations / un spectacle qui mélange amateurs et professionnels / un spectacle hors les murs / des projets d’actions culturelles

 

 

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Dossier de présentation - 1,2 Mo

Les prochaines dates

27 mai 2018
au 29 mai 2018

Dijon

Théâtre en mai, Théâtre Dijon Bourgogne CDN

Toutes les dates

 

 

Saison 2017-2018

Mille francs de récompense

de Victor Hugo
Mise en scène : Kheireddine Lardjam

Création le 04 février 2018 au théâtre 
Jean Vilar de Vitry-sur-Seine
 
assistant à la mise en scène Cédric Veschambre avec Azeddine Benamara, Maxime Atmani, Romaric Bourgeois, Linda Chaïb, Samuel Churin, Étienne Durot, Aïda Hamri, Cédric Veschambre
 
scénographie Estelle Gautier | lumière Victor Arancio | son Pascal Brenot | composition musicale Romaric Bourgeois | vidéo Thibaut Champagne | costumes Florence Jeunet | dessinateur Jean-François Rossi | chorégraphe Bouziane Bouteldja | chargée de production Lucile Burtin | diffusion Daphnée Martin
 

Production

Compagnie El Ajouad

Coproduction

La Comédie, Centre dramatique national de Saint-Étienne - L’arc, scène nationale Le Creusot - Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine - Théâtre L’Aquarium.

Avec le soutien

du Théâtre l'Aquarium - la Cartoucherie, de la DRAC Bourgogne Franche-Comté - Région Bourgogne Franche-Comté - Conseil départemental du Val-de-Marne dans le cadre de l’aide à la création - Conseil départemental de Saône-et-Loire - l'Adami - la Spedidam. Projet bénéficiant du Fonds d’Insertion pour Jeunes Comédiens de l’ESAD – PSPBB."

Extrait de la Note d'intention
Par Kheireddine Lardjam

Mille Francs de récompense est un manifeste contre l’âpreté des banquiers, l’individualisme grandissant et le capitalisme financier qui commence à entrer dans les mœurs, à devenir la norme économique dans les années 1820. On aurait tort de se priver de faire le lien avec l’époque actuelle, car c’est bien pendant cette période postrévolutionnaire que le cynisme contemporain prend sa source. Qui se souvient aujourd’hui que l’auteur du slogan soixante-huitard « Police partout, justice nulle part » est Hugo lui-même ? « Je parlerai des petits aux grands et des faibles aux puissants », a dit Victor Hugo, qui écrivit Mille Francs de récompense pendant son exil à Guernesey, entre 1855 et 1870. Dans nombre de ses œuvres, Hugo dénonce les injustices sociales, vilipende les inégalités. Il le fait ici, dans une esthétique différente, moins romantique, mais tout aussi engagée. Il refusa de voir jouer cette pièce de son vivant, « pas tant que la liberté ne serait pas de retour ».

Je souhaite faire résonner son message dans et avec le monde d'aujourd'hui. Saisissant de modernité, ce texte manie avec brio suspense, rebondissements et violente chronique sociale. Hugo dresse le portrait au vitriol d’une société de l’argent à l’époque de la Restauration et fait d’un miséreux un héros magnifique capable de tirer une famille bourgeoise ruinée des griffes d’un homme d’affaires véreux. Les scènes dans cette pièce se succèdent comme des plans cinématographiques.

Mille Francs de récompense est une œuvre peu jouée et pourtant son propos s’avère étonnamment contemporain, tout comme la langue hugolienne, admirable. Hugo décrit une société très proche de celle d’aujourd’hui, une société à deux vitesses en panne d’ascenseur social, qui s’empare des rocambolesques aventures de Glapieu  avec une jubilation dont l’évidence nimbe tout le spectacle.  Cette pièce dénonce une société fondée sur les malversations de la finance. Théâtre engagé, elle est donc une sorte de manifeste tour à tour drôle et glaçant. 

 

 

Saison 2018-2019

Ma part de gaulois

de Magyd Cherfi

Création Janvier 2019 Adaptation théâtrale et mise en scène : Kheireddine Lardjam

Création janvier 2019 au théâtre La liberté, scène nationale de Toulon

Il s'agit de l'adaptation du récit de Magyd Cherfi. Un autoportrait d'un jeune toulousain d'origine algérienne amoureux de la langue française qui se retrouve obligé de justifier ce sentiment. La création de ce récit s'inscrit dans une continuité avec le projet autour de Victor Hugo en 2018. Le combat de l'intégration se mène à l'extérieur, mais aussi à l'intérieur de sa communauté.

Magyd Cherfi

Sous l’influence combinée et revendiquée des Clash, de Madame Bovary et de Jean-Paul Sartre, Magyd Cherfi a été le parolier du groupe toulousain Zebda avant de se lancer dans la chanson en solo (Cité des étoiles, 2004 ; Pas en vivant avec son chien, 2007). Il a publié un premier recueil de récits, Livret de famille, en 2004 et La Trempe en 2007 rassemblés en un Babel (n°1082) en 2011.

Scénographie : Estelle Gautier / Création lumières : Manu Cottin / Création son : Pascal Brenot

Création vidéo : Thibaut Champagne / Costumes: Florence Jeunet / Chargée de production : Lucile Burtin / Interprètes (en cours) : 2 interprètes

Note d’intention, par Kheireddine Lardjam

Dans un récit largement autobiographique, Magyd Cherfi, le parolier et chanteur du groupe Zebda raconte ses années de jeunesse dans une cité des quartiers Nord de Toulouse, l'histoire à la fois personnelle et universelle d'un jeune beur coincé entre deux cultures, deux modes de pensée, deux mondes. Tiraillé entre ses origines kabyles et sa « part de gaulois' », Magyd grandit dans le double giron de l'école de la République qui prône l'intégration et l'égalité des chances et celui de sa mère qui a mis tous ses espoirs sur la tête de son rejeton le plus doué. Mais dans la cité, aucune protection – si on aime les études, les livres, la langue française, on est un traître, un pédé, à la botte des français : pas de partie de foot avec les copains mais des insultes et des tabassages en règles. Mais Magyd fait front. La cité telle qu'il la décrit est un mélange entre les amitiés solides, les liens crées par un parcours commun, une certaine joie de vivre méditerranéenne, des fêtes partagées et le mal de vivre de la deuxième génération qui n'a pas su ou pu trouver sa place dans une société française aveugle devant la misère des banlieues, le repli sur soi, le communautarisme, la drogue, la violence. Magyd Cherfi se qualifie de schizophrène, résumant là les difficultés de ceux qui comme lui sont nés en France, sont français et que l'on renvoie sans cesse à leur condition d' « arabes ». On sent chez lui ce tiraillement entre ses deux cultures mais aussi le désir de pouvoir les concilier en étant tout simplement lui-même, non pas un arabe, un gaulois, un beur, un maghrébin, un fils d’immigrés ou un français « issu de l’immigration », mais bien tout cela à la fois. Redresser la tête, se tenir droit debout, en affrontant son histoire : tels se dessinent les contours du livre de Magyd Cherfi. « J'ai fait de mon fardeau des ailes, de mes blessures un bouclier, de mes fêlures identitaires deux richesses dans lesquelles s'est engouffrée la seule idée qui vaille, l'universel. »

Chronique douce-amère qui n'occulte pas le côté sombre des cités avec la violence (surtout celle faite aux femmes), la délinquance, le rejet de la France, Ma part de gaulois et aussi un hymne à la jeunesse, à l'espoir, à l'accomplissement de soi, à l'amour maternel, à l'amitié, à l'intégration sans le renoncement à ses racines, à la France multiculturelle.Mêlant la réalité et la fiction, la pièce glissera rapidement de l’autobiographie au théâtre, sans que le spectateur s’en rende compte. Le principe de l’autofiction est de créer un moment sur scène. Il y a un contact qui brise le quatrième mur.Parce que l’auteur a partagé un récit personnel, mais sans tomber dans la thérapie, le genre autofictif  ce genre littéraire incite aussi les spectateurs à raconter leurs propres histoires.

 

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Dossier de présentation 638 Ko

Alertes

Auteur : Marion Aubert
Mise en scène : Kheireddine Lardjam

Création 3 avril 2018 au théâtre Jean Vilar de Vitry sur seine

Scénographie : Estelle Gautier 
Création lumières : Manu Cottin 
Création son : Pascal Brenot 
Création vidéo : Thibaut Champagne 
Costumes : Florence Jeunet
Chargée de production : Lucile Burtin 
Avec : 2 comédiens professionnels et 15 jeunes amateurs 

Création avec 15 jeunes amateurs et 2 comédiens professionnels entourés d’une équipe de création professionnels (acteurs et techniciens)

Cette œuvre verra le jour le 3 avril 2018 au théâtre Jean Vilar à Vitry-sur-Seine.

« Ça veut dire quoi, avoir 20 ans aujourd’hui en France ? Et en Algérie ? Et à Vitry-sur-Seine ? Lorsqu’on ne partage pas les mêmes convictions ? Qu’on ne vit pas dans les mêmes conditions ? Et c’est quoi l’espoir ? Y’a-t-il un espoir ? 
Projet théâtre (France / Algérie) : en collaboration avec Marion Aubert, autrice, et de Kheireddine Lardjam, metteur en scène, des jeunes en Algérie et en France participent à la création d’un spectacle mêlant amateurs et professionnels. 

Production : 

Compagnie El Ajouad

Partenaires :

La Comédie, Centre Dramatique de Saint-Etienne / Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine. La Drac Bourgogne Franche-Comté soutient la Compagnie dans le cadre de l'aide aux projets.
 

Note de l'Auteur
Marion Aubert, janvier 2016.

« J’ai rencontré Kheireddine Lardjam à la Comédie de Saint-Etienne, à l’occasion de la création de mon dernier texte, Tumultes (une pièce française 1). La pièce parle, entre autres sujets, de la prise de conscience politique de jeunes gens face à la montée du fascisme dans leur pays. Kheireddine, à l’issue d’une représentation m’a dit : « J’aimerais que tu continues à travailler cette question de la jeunesse et de l’actualité. » C’était en juin 2015. Aujourd’hui, la jeunesse est devenue, de façon tragique, l’Actualité. Mais c’est qui, la jeunesse ? Ça veut dire quoi avoir 20 ans aujourd’hui en France ? Et en Algérie ? Et en Bourgogne ? Et à Vitry-sur-Seine ? Et lorsqu’on ne partage pas les mêmes convictions ? Et lorsqu’on ne vit pas dans les mêmes conditions ? Et c’est quoi l’espoir ? Y a-t-il un espoir ? Que pouvons-nous construire ensemble aujourd’hui ? Et nous, qui avons deux fois vingt ans aujourd’hui, que lègue-t-on ? Autant de questions brûlantes, sensibles, auxquelles nous tenterons d’apporter d’autres questions, et, peut-être, des bribes de réponses, partielles, tronquées, à côté de la plaque, des réponses venues du réel et trempées dans la fiction, mais destinées à être des pistes pour nos vies actuelles (le terme viendrait d'une expression latine de la seconde moitié du XIVe siècle, cauteres auctuaus ce qui littéralement signifie : « cautère qui agit immédiatement »). Aussi, la perspective de rencontrer des jeunes gens de part et d’autres de frontières, de rencontrer Kheireddine, d’aller, physiquement, aux côtés de ceux-là qui me sont aujourd’hui encore étrangers me semble être un enjeu d’intérêt collectif.

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Dossier de présentation - 6,1 Mo
Dossier pédagogique - 1,4 Mo
Fiche technique - 21 Ko

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O-Dieux

- EN TOURNÉE -

de Stefano Massini

Mise en scène Kheireddine Lardjam
Avec Marie-Cécile Ouakil

Création mars 2016 au théâtre Jean Vilar à Vitry sur Seine

Production

Compagnie El Ajouad
Avec le soutien de : DRAC Bourgogne Franche-Comté, Institut Français, L'arc, Scène nationale Le Creusot, SPEDIDAM, ville Le Creusot

Traduction de Olivier Favier et Federica Martucci
Avec le soutien de la Maison Antoine Vitez et ayant reçu l'aide à la création du CNT.

Résumé

Sous le titre O-Dieux, le metteur en scène Kheireddine Lardjam porte sur les planches un texte inédit de Stefano Massini sur le conflit israélo-palestinien, vu à travers les yeux de trois femmes : Eden Golan, israélienne, professeure d'histoire juive appartenant à la gauche intellectuelle, Shirin Akhras, jeune étudiante palestinienne de Gaza, prête à tout pour s'enrôler comme kamikaze, et Mina Wilkinson, militaire américaine en mission en Israël. Dans une mise en scène et une scénographie qui font la part belle au jeu, une seule comédienne prête sa voix au théâtre-récit de Stefano Massini, incarnant ces trois destins parallèles qui finiront par se percuter dans une collision tragique. Scènes et situations s'enchaînent de manière fulgurante, faisant surgir un quotidien qui submerge les protagonistes, ballotées entre enthousiasme et désespoir, tolérance et haine. Un spectacle coup de poing qui nous immerge dans le fracas du Proche-Orient, au cœur d'un conflit intime et politique.

 

LA PRESSE : Avec O-dieux, Kheireddine Lardjam monte un texte sidérant (…). Il dessine la géographie intime et politique d’un conflit épicentrique. Sans dogme, avec coeur et intelligence. Marie-Cécile Ouakil épouse avec sensibilité les méandres de cette triple destinée. Elle passe d’une femme à l’autre par la grâce d’une étole, d’un regard, d’un timbre de voix (…). Rosa Moussaoui, L’Humanité - mars 2016